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L€™AUTOMNE ET LE VENT - TERZA RIMA
Dès novembre, l'Automne estima que la banque,
Agence des Feuillus, lui devait beaucoup d'or.
Il voulut s'assurer que pas un sou ne manque.
Il courut les forêts comme un conquistador,
Plein de cupidité face à tant d'aurifères
Offrant à ses regards un fastueux décor.
En se frottant les mains, il se dit : "Bonne affaire !
Me voilà riche, enfin ; effeuillons, ramassons !
De mon mandat, voici l'instant que je préfère."
L'Avare de Molière aurait pris des leçons
Chez cet Automne avide, énergique à sa tâche,
Pressé de rassembler en tas cette moisson.
Or le Vent, par hasard, s'amuse à cache-cache.
Il musarde à son gré, il sifflote gaîment…
Ce hold-up automnal, en premier lieu, le fâche.
Puis son esprit farceur invente un châtiment
Pour ce brigand d'Automne, à l'audace importune.
Sur les languettes d'or, il souffle fortement.
Dispersé le trésor ! Envolée la fortune !
L'Automne a tout perdu ; il gémit, aux abois,
Sous le regard narquois de Commère la Lune.
Eole a réagi comme un Robin des Bois.
Un voleur dépouillé, la justice est rendue !
Satisfait, il chantonne, aidé de son hautbois :
"On ne profite pas d'une richesse indue."
(1er Prix de Fables, juin 2006 à la Maison de la Poésie de Namur)
| Camille MALCOTTE-GEHENOT |  |
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