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L€™ARCHET D€™AMOUR
D'après une légende du Maine, écrite en prose par Monsieur Paul Vallin
Au château fort de Mondragon,
se languissait la châtelaine,
jeune épousée délaissée
par la faute d'une Croisade.
La belle Inès, mise en second,
s'occupait à des jeux de laine,
souffrant de n'être enlacée
par un époux en dérobade.
C'est alors que survint Thibaud,
un jeune et beau joueur de vièle,
plein de ferveur et de talent,
vite conquis par son hôtesse.
Quoi de plus simple et de plus beau
que l'attirance naturelle
entre une belle et son galant,
unis par une même ivresse ?
L'amour imposa donc sa loi.
Les jeux n'étaient plus innocents ;
la forteresse résonnait
de rires fous, de chants, d'ébats…
Pour les amants, quel désarroi !
notre Croisé leur annonçant
son arrivée sans délai,
heureux rescapé des combats.
Les amoureux, cœur déchiré,
se séparèrent, d'épouvante.
Inès coupa ses tresses d'or,
cordes d'amour pour l'instrument.
De ces fils blonds, Thibaud tirait
des harmonies si émouvantes
qu'elles donnèrent à la Mort
l'envie d'en faire son amant.
On trouva sa dépouille humaine
à demi mangée par les loups ;
il tenait serré son archet
dont les crins brillaient au soleil.
Et ceux qui passent dans le Maine
près du château, de nuit, avouent
ouïr le vent au trébuchet
des cordelettes de vermeil.
| Camille MALCOTTE-GEHENOT |  |
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