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LA NOIX ET LE CLOCHER
D'un noyer qui ombrait la place d'un vieux village
Une corneille un jour, vint y voler une Noix
Qu'elle emporta en haut du Clocher de l'église
O๠les gens n'allaient plus faute de savoir prier.
L'oiseau pose son larcin, pensant le déguster,
Mais cette Noix file et glisse, roulant entre ses pattes,
Échappant à son bec, elle chute et disparaît
Dans une fente du vieux mur lézardé du Clocher.
Protégée dans fissure, la Noix rend grâce à Dieu :
« Toi qui règne en ce lieu et qui m'a recueilli,
Accorde-moi, je t'en prie, une place en ce trou
O๠j'échappe à démon qui voulait me manger.
Je n'ai pas pu tomber sous les branches de mon père
Qui m'auraient protégé en me couvrant de feuilles.
Je fais voeu aujourd'hui, si tu m'accordes asile,
À grandir dans ton sein pour te faire compagnie. »
À ces mots de prière, touché de compassion,
Le mur de ce Clocher fut heureux d'abriter
La Noix dans le refuge à elle s'était logée ;
Ce logement discret était sans conséquence.
Et pourtant, il en eût ! Au bout d'un certain temps,
La Noix profitait bien. Commençant à s'ouvrir,
Elle glissa ses racines dans l'interstice des pierres,
Élargissant ainsi des fentes séculaires.
Bientôt elle propulsa ses premières branches feuillues
Hors de la mince caverne qui l'abritait du vent.
Puis ses branches dépassèrent en hauteur l'édifice
Désormais encadré de racines tortueuses.
S'encastrant dans le mur, son bois ne tarda pas
À provoquer des brèches qui ébranlaient les pierres.
Le vieux Clocher comprit, mais hélas un peu tard,
Qu'un asile accordé devient propriété !
Il pleura quand ses pierres s'écroulèrent sur la place ;
L'édifice fut détruit et le noyer brûlé.
Une noix, ce n'est qu'un fruit qui a besoin d'espace
Pour étendre ses racines là à sont celles des autres !
Quand on mélange les genres au nom d'Égalité,
On ne peut s'étonner que la Fraternité
Manque de Liberté en s'imposant trop près ;
Chacun doit vivre chez soi, selon ses propres lois !
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