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LE ROI DES ZONES (RÉACTUALISÉ)
Il serait dommage de priver les Jeunes des banlieues des trésors de la littérature européenne. Mais combien d'entre eux parlent allemand et combien parlent le français (littéraire) ? C'est dans cet esprit que nous avons réécrit le chef d'œuvre de Goethe : Le roi des aulnes.
Qui slalome si tard parmi les tags et les ordures ?
C'est le père avec sa progéniture.
Le vioc a scotché son fils sur le tan-sad.
De crainte, peut-être, de le laisser en rade.
"Mon fils, qu'as-tu donc ? Je te sens qui tremble.
- Mon père, c'est le roi des zones, il me semble.
- Mon fils, je ne vois rien qui y ressemble…
- Le roi des zones, avec sa crête de punk…
- Eh bien, ne trouves-tu pas ça fun ?
- Et quelle est cette langue ? Quels sont ses accents ?
- Voyons, tu le sais bien, c'est du verlan.
- Et ces sons heurtés qui mes oreilles frappent ?
- On dirait que tu ne connais pas le rap !
- Mon père, partout sur les murs il a mis son paraphe.
- Mais non, ce ne sont que de simples graffs ! "
Et voici que le môme est saisi de trouille.
Son esprit s'égare, ses yeux se brouillent.
"Mon père, quel est ce grand immeuble nimbé d'ouate ?
- Mon fils, ce n'est qu'un modeste squatt.
- Mon père, il est tout près, je vois ses tatouages…
- Mon fils, il s'agit sans doute d'un mirage.
- Mon père, il m'attire, je vois son piercing.
- Mon fils, de la folie tu montres les pires signes.
- Mon père, maintenant il m'entraîne pour de bon.
Je sens que je vais péter les plombs.
Vas-tu bientôt arrêter, petit con ? "
Le père, tout à coup, est beaucoup moins cool.
Le voilà qui, à son tour, a les boules.
Il met les gaz à fond, il est speed.
Quand chez lui il se pointe… le tan-sad est vide.
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