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DIX MILLE ANS DE TERROIR
Le champ, dans ma campagne, est à sa place ancienne.
Son tracé persévère, sa limite est la même,
C'est en le contemplant qu'on prend enfin conscience
Du laborieux silence de la sève des saisons,
De ce travail du temps sur un terroir du Maine.
Sur ce relief antique, dix mille ans de sillons
Ont morcelé les mottes, séparant par labours
D'un côté la forêt dont l'énergie vitale
Fit se dresser les arbres dans un désordre de branches,
Et de l'autre le pré avec ses herbes soumises.
Défricheur primitif devenu fils du sol,
Puis humble paysan cultivant sa parcelle,
Travaillant sans relâche, cumulant l'expérience,
L'Homme sut être patient, trouver les bonnes semences,
Il se fit paysan, la terre imprime ses traits.
Depuis l'antique araire, le soc ouvre le sol,
Agence l'ordre des cultures, aligne les moissons,
Dessine ce rude labeur que l'homme, à chaque saison,
Compose artistiquement depuis le fond des âges,
Dessinant paysages pour se faire un terroir.
La moisson couvre mon champ, ses beaux épis dorés
Sont le miracle du ciel marié à dame nature.
Le ciel apporte l'eau, le soleil sa chaleur,
L'énergie c'est la terre, ma sueur c'est l'action
Qui fait que la semence se transforme en récolte.
Mon champ et ses chevaux, mon vallon et son eau,
Le tracé de mes haies comme mon chemin de terre,
Ou cette odeur de pluie et le bruit du vent d'Ouest,
Sont là signes de nature qui sont complices de cœur.
Ce beau terroir du Maine porte dix mille ans de vie.
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