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LE VIEUX LAVOIR
Tout au fond du jardin qu'effleure la rivière,
À l'abri des regards, sommeille le lavoir ;
Jadis, on entendait taper les lourds battoirs
Quand le jour frémissant caressait la faîtière.
Las ! le treuil est rouillé, la planche vermoulue
N'accueille plus la neige du linge essoré ;
Plus de boîte, de brosse, de gros savon doré
Et les voix familières à jamais se sont tues.
Lentilles, nénuphars tapissent la surface.
Au sein de l'herbe rousse, accroupie sur la pierre,
La grenouille aux yeux d'or clignote des paupières.
Un grand lierre et la mousse envahissent la place.
Je te revois encor, ma vaillante laveuse
Lorsque dans l'eau glacée, tu plongeais tes deux bras,
Sur la planche inclinée tu étalais le drap,
L'étreignais avec force en tes mains vigoureuses.
Agenouillée, telle une servante en prière,
Tu battais, tu rinçais en inclinant ton corps
Vers le miroir changeant d'un ruisselant décor,
Et tu offrais aux tiens le linge de lumière.
(La douceur du bocage – juin 1998)
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