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MES TASSES
L'autre soir, après le dîner,
J'ai engueulé mes tasses athées
En les entassant dans l'évier.
« Petites garces, leur ai-je dit,
Votre attitude est un défi.
J'ai l'air de quoi, ai-je ajouté,
Quand je reçois quelques amis
Et surtout Monsieur le Curé ?
Alors, on se mêle de penser ?
On fait de la philosophie ?
Ces demoiselles ont des idées
Sur l'origine de la vie.
Si on ne vous avait pas créées
Seriez-vous là , à me narguer ?
Vous aimez nier l'évidence ! »
De l'évier me parvenait
Un bruit d'anses
Qui s'entrechoquaient.
« Alors qui nous a faites,
S'il te plaît »,
Demanda une effrontée.
« Vous êtes plutôt jolies, en fait,
Répondis-je un peu gêné.
C'est un monsieur très doué.
Il habite Limoges, je le sais. »
« Et qui donc a fait le monsieur ? »
Voulut savoir une insolente.
« C'est un pur esprit, c'est Dieu.
Vous êtes trop impertinentes.
Je renonce à vous expliquer. »
« Pur esprit, mon fond ! » s'esclaffa l'une d'elles.
Et je suis polie, ajouta-t-elle.
Il n'y a rien d'autre que la matière.
C'est une vérité é-lé-men-taire. »
Je ne voulais pas perdre la face
En présence de mes tasses.
J'avais peur d'être mis en difficulté.
Alors, de dépit, …. je les ai cassées.
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