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CONFUSION
Au doux pays d'Egarement,
il y a toujours un roi qui règne,
le roi Fou XII, évidemment.
Ce monarque est une vraie teigne.
Il aime à causer des tourments.
Vraiment, tous ses sujets le craignent
et vivent dans les tremblements.
Un jour, il mande la duègne
qui vient avec empressement.
« Vite, un artiste ! Qu'il me peigne ! »
dit Sa Majesté, fermement.
Bien qu'une couronne le ceigne,
ses cheveux lui font l'air dément.
Il faut bien que la Dame feigne
d'arranger ça rapidement.
C'est courant que la peur l'étreigne
et la prive de jugement.
Elle envoie chercher le coiffeur
le plus réputé du Royaume.
L'artiste arrive donc sur l'heure
afin de coiffer le grand Homme.
Pas un instant, le roi ne daigne
s'occuper de l'évènement.
Mais, quand les ciseaux et le peigne
menacent son accoutrement,
comme toujours, il faut qu'il geigne
et qu'il pousse des hurlements :
« Qu'on aille chercher la duègne,
qu'elle reçoive châtiment !
Je veux que le fouet la saigne
pour s'être trompée sottement.
C'est un peintre que je voulais ;
pas un barbier, qu'il aille au diable !
Un peintre qui fasse un portrait,
qui peigne mon visage aimable. »
Au doux pays d'Egarement,
le verbe ‘'peigner ‘' est fautif ;
le verbe ‘'peindre ‘'également :
ils ont le même subjonctif !
| Camille MALCOTTE-GEHENOT |  |
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