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:: Préambule

Il est bon, chaque fois que l’on s’engage dans l’avenir, de se tourner vers le passé pour enraciner dans l’Histoire le droit que l’on défend ; ceci afin de lui donner plus de dignité et la force de la continuité.

Ce droit, que je souhaite faire valoir avec nous, c’est la primauté donnée à la littérature de terroir sur celle, généraliste, de l’univers livresque de la marchandise culturelle.

Cette littérature, la nôtre, née au fond des provinces, et plus particulièrement sur cette terre du Maine qui fut si propice à l’épanouissement des talents de Rabelais, du Bellay, Peletier, Ronsard, Scarron, Reverdy, Vercel, Guy des Cars, Catherine Paysan et de bien d’autres, est le terreau sur lequel de grandes plumes ont semé et cultivé les mots, les vers, les chants, les idées, les philosophies et autres récoltes culturelles et identitaires. Elle mérite que soit reconnu son droit d’aînesse.

Le Maine est notre patrimoine d’inspiration : devenez des dieux en ressuscitant par l’écriture, l’esprit de terroir qui animait nos Anciens. Recréez le monde de votre enfance, celui d’une campagne animée par des hommes et non par des machines, des villages où les fêtes étaient celles du cœur et de l’estomac, des bordages où le cidre était accueillant, des sillons d’un labour de percheron, d’un monde rural où chaque bête avait un nom et sa place. Retrouvez cette mémoire d’une époque où transpirait l’amour des hommes pour la terre qu’ils transformaient en paysages.

"Je porte ce village en moi.
Je m’en nourris jusqu’à l’écorce
Mes cheveux y puisent leur force
Et je me sens marcher plus droit."

La musique du feu (1967), Catherine Paysan

Il appartient à nos talents de rendre au Maine sa renommée de terre d’une culture d’esprit et d’amour. Soyons des créateurs de culture, c’est l’ambition que je formule en la proposant aux générations futures qui, peut-être, nous liront.

Le Président

:: Les appellations de l’association

27 février 1955 : création officielle de l’Association des Écrivains de l’Ouest (Robert Merle, Roger Vercel, Théophile Briant, Jean de La Varende, Hervé Bazin…), ancêtre de celles qui suivront en Maine.
23 février 1975 : fondement du Comité du Maine des Écrivains de l’Ouest.
11 novembre 1985 : il devient le Comité du Maine des Écrivains des Pays de la Loire.
8 décembre 2003 : il adopte pour dénomination les Auteurs du Maine et du Loir.

:: Les Présidents en furent

1975-1981 : Paulette Houdyer,
1982-1987 : Thérèse de Castellane d’Andigné,
1988-2003 : Jacques Gohier,
2004-2005 : Henri Boillot,
2005-2006 : Jean Soulis,
2006-2011 : Paul Vallin,
2011-2013 : Alain Grémillon,
2013-2017 : Alain Moro,
2017-... : Blandine Borence

TRENTE ANS D'ACTION LITTERAIRE par Jacques Gohier

Lorsque notre président, Paul Vallin, m’a demandé d’écrire l’historique de notre comité, je lui ai fait part de mes scrupules dans la mesure où étant effectivement à la base de sa création, cela impliquait automatiquement le fait de conter ma propre aventure dans le monde des lettres. Et puis le "je" n’est-il pas haïssable ? Et pourtant, il s’agit bien d’une aventure. L’histoire de notre association, au tout début, est liée à celle de l’Association des Écrivains de l’Ouest et se confond quelque peu avec mon parcours personnel. Avant de revenir dans mon Maine natal, après un séjour de plusieurs années en Algérie, j’atterrissais dans l’Aveyron, détaché à l’inspection académique à Rodez. Le hasard a bien fait les choses dans la mesure où je trouvai dans cette ville une intense activité culturelle et littéraire avec l’existence d’une association d’écrivains aveyronnais et d’un éditeur qui publia mon premier ouvrage. Ce contact avec le monde des lettres et de l’édition m’amena peu à peu à prendre une part active dans diverses associations. Ainsi, en tant que délégué départemental des jeunesses littéraires de France, j’organisai à Rodez les journées nationales d’information sur la lecture placées sous les auspices du Ministères des Affaires culturelles.

En 1972, je revins enfin en Sarthe. Seulement quelques mois après mon arrivée, je pris contact avec quelques auteurs bien connus, Catherine Paysan, Paulette Houdyer, Édith Jacqueneaux, Georges Jean etc. et adhérai à la seule association d’écrivains existant dans la région, l’Association des Écrivains de l’Ouest. Fort de l’expérience vécue en Aveyron et constatant qu’en Sarthe il n’y avait pas de liaison entre les auteurs, poètes, romanciers ou essayistes, j’arrivai à convaincre les uns et les autres, principalement ceux et celles nommés ci-dessus, de la nécessité de constituer un comité départemental. A cet effet et dans cette perspective, une première réunion informelle a eu lieu en 1973 à Saint-Denis-des-Coudrais. Chacun avait apporté sa contribution au repas, à commencer par Catherine Paysan avec un pot-au-feu, pour finir par Simone Jacquemard avec du fromage de chèvres qu’elle élevait elle-même dans le sud Sarthe. Ce repas, qui fut, on s’en doute, très convivial, réunissait du beau monde : le député Raymond Dronne, le juge de Mamers, Michel Goupil (alias Michel Enol), le lauréat du prix Cazes : Jean-Marie Fonteneau, Paulette Houdyer, Édith Jacqueneaux, Anthoula Delehaye (conférencière), Maine Vigreux-Vannetzel...

L’idée de créer une association fit son chemin et c’est le 23 février 1975 à Mamers, en présence du Président de l’Association des Écrivains de l’Ouest (A.E.O.) d’alors, Michel Velmans, qu’un comité départemental a été constitué sous la présidence de Paulette Houdyer et qu’un programme de manifestations fut envisagé, à savoir : un week-end littéraire à Solesmes, la participation au congrès de l’A.E.O. à Morlaix et une visite à la maison de Victor Hugo à Guernesey.

Mais entre temps, en tant que délégué depuis 1973 de l’Association des Écrivains de l’Ouest pour le Maine, j’avais organisé le 15 novembre 1974, en collaboration avec le libraire M. Graffin, une vente signature des Écrivains de l’Ouest dans le hall de la Chambre de Commerce du Mans, qui connut un grand succès : plus de 70 auteurs se trouvaient au rendez-vous (dont Hervé Bazin, Henri Queffelec, Luc Berimont, Roger Le Taillanter et bien sûr, les écrivains de Sarthe et de Mayenne).

C’est en effet, au Mans, à l’occasion des travaux du congrès des Écrivains de l’Ouest, qu’est née la Fédération Nationale des Associations des Écrivains de France. Cette association, considérée en elle-même comme une totale innovation dans le monde des lettres françaises, avait pour but d’assurer la défense professionnelle des écrivains concernés, d’aider à leur reconnaissance auprès des pouvoirs publics et de reconnaître leur rôle d’animation culturelle dans les régions de France. Au cours de ce congrès, je fus élu vice-président de l’association des Écrivains de l’Ouest. Cette vente signature si réussie et l’impact de ces deux journées préfigurant la création d’un comité d’écrivains de la Sarthe et de la Mayenne m’ont donné l’idée de susciter, du moins dans les Pays de Loire, d’autres comités. Avec le Président Michel Velmans, j’ai donc pris mon bâton de pèlerin pour expliquer aux auteurs de la région les raisons de créer ces comités départementaux.

Ainsi sont nés les Comités du Maine et Loire, de la Vendée et de Loire Atlantique. Cette nouvelle structure a prouvé son efficacité car elle a permis de mieux nous faire connaître dans notre département mais aussi dans tout l’Ouest de la France. Nous avons, en effet, organisé de nombreuses manifestations et ventes signatures à Angers, à Nantes, à Saint-Malo et en Vendée. Mais revenons à notre comité du Maine déclaré au journal officiel ; il s’intitulait alors exactement : Le Comité du Maine des Écrivains de l’Ouest

Notre activité ne s’est pas bornée à des ventes signatures. Nous avons créé aussi des prix littéraires comme le Prix de la nouvelle de la Ville du Mans, remis chaque année aux 24 Heures du Livre depuis 1978. A cette époque, nous étions des précurseurs car "La Nouvelle" n’était pas beaucoup prisée par les éditeurs et, à part le prix Goncourt de la nouvelle, il existait peu de prix de ce genre littéraire. Le nôtre eut ainsi un certain retentissement d’autant que dans les premières années, le jury comprenait des membres prestigieux comme Henri Queffelec, Pierre Sipriot (du Figaro), Ginette Guitard-Auviste (critique littéraire du Monde), Régine Deforges, Daniel Zimmerman, Claude Pujade-Renaud, Catherine Paysan… Paulette Houdyer était la présidente du jury et votre serviteur le secrétaire. Par ailleurs, sous l’impulsion de Thérèse de Castellane, un prix du comité pour enfants avait été créé en 1986 et, sur l’initiative de Jacques Moriceau, un prix de littérature gourmande lancé en 1989.

Bien entendu, nous avons multiplié les ventes signatures à travers le département. Au niveau du nombre d’adhérents, il allait grandissant. Nous partîmes à une dizaine et nous arrivâmes à quarante. Malgré tout, le montant modeste des cotisations et celui d’une subvention de la ville du Mans (qui couvrait tout juste les frais des prix littéraires), ne nous permettaient pas d’organiser de grandes manifestations. Plus ou moins régulièrement, nous parvenions à publier un bulletin de liaison ronéotypé et même, en 1992, un petit journal imprimé à 5 000 exemplaires : "Le Maine Littéraire".

Création en 1980, des éditions de la Reine Bérengère

Cette initiative a fait l’objet de larges échos dans la presse locale et d’un article paru deux ans plus tard, dans Le Monde, où une page entière était consacrée à la vie littéraire au Mans dans le cadre d’une enquête : "écrire, lire et vivre en France", "Le Mans et ses pionniers". Voici une reproduction in extenso de cet article "encadré" qui avait pour titre "La Reine Bérengère" :

"Le Monde" vendredi 23 avril 1982
La Reine Bérengère est devenue un "label" pour les écrivains sarthois, plus précisément le nom d’un bureau d’édition. Plusieurs écrivains bénévoles l’animent, notamment Paulette Houdyer (1) et Jacques Gohier (2). Leur rôle est multiple, d’abord lire les manuscrits de nouveaux et nombreux auteurs, puis conseiller ceux-ci quand leur œuvre en vaut la peine. Conseils d’écriture, mais surtout conseils pratiques : on dirige ainsi les auteurs vers deux imprimeurs mis en concurrence, tous deux choisis pour le sérieux de leur travail et la modération de leurs prix. Sans doute est-ce toujours l’écrivain qui assume les frais de l’impression, mais il ne subit aucune des contraintes annexes exercées par certaines maisons pièges : cession des droits sur tous les autres livres à venir, cession entières des droits d’adaptation en tout genre, règlement global des dépenses. Ici les paiements sont échelonnés, la sécurité du tirage est certaine, l’appui pour le lancement du volume assuré. Les ouvrages sont diffusés dans tous les grands points de vente et chez les libraires par un service de messageries. Ainsi, sortent de l’isolement ceux qui se battent seuls, souvent désespérés faute d’information.

(1) Auteur de sept romans publiés chez Julliard, d’un livre sur les sœurs Papin : Le Diable dans la peau, et L’affaire Caillaux.
(2) Auteur du Dictionnaire des écrivains d’aujourd’hui dans les pays d’Ouest (1980, Le Cercle d’Or) et d’un Dictionnaire des écrivains d’aujourd’hui en Bretagne.

1982 : Festival de la littérature régionale au Mans

L’événement le plus fort dans la vie de notre comité, et qui restera peut-être dans les annales de l’histoire littéraire de la Sarthe, a été incontestablement ce festival de la littérature régionale qui s’est déroulé au Mans les 5 et 6 décembre 1982, à l’abbaye de l’Épau, sous les auspices de la Fédération des associations des écrivains de France. En tant que secrétaire général, je fus chargé de l’organisation de ces deux journées, que j’ai pu mener à bien grâce à une subvention substantielle du Conseil Général de la Sarthe. Après les 24 Heures du Livre en octobre, faire une vente signature deux mois plus tard et accueillir une centaine d’écrivains venant de tous les coins de France, représentait une véritable gageure. Pari réussi néanmoins comme peuvent en témoigner ces extraits de presse.

Le Maine Libre du 6 décembre 1982
Assises nationales de la littérature régionale : Le Mans serait-elle vraiment devenue la capitale régionale des lettres ? Jacques Gohier, président de l’Association des Écrivains de l’Ouest, était satisfait dimanche soir : les assises de la littérature régionale qu’il préparait depuis plusieurs mois, avec le concours de la délégation à l’animation culturelle de la Sarthe et du Conseil Général, ont obtenu le succès escompté. Succès de participation des auteurs, malgré la concurrence, le même jour, de manifestations similaires dans d’autres régions de France et de la tenue d’une assemblée générale du Pen-Club à Paris, quelque cent dix écrivains ont fait le déplacement de l’Ouest et même du Grand Ouest (Anjou, Bretagne, Normandie…) mais aussi de régions bien plus lointaines. Succès aussi d’affluence du public qui n’a pas désempli le dortoir des moines de l’abbaye de l’Épau où avait lieu la vente signature, dimanche après-midi, avec de solides points d’ancrage autour des Sarthois et de Pierre Jakez Hélias qui faisait figure de vedette du jour. Les assises avaient débuté samedi soir par un débat placé sous la présidence d’honneur de M. Gascher, Président de la commission culturelle du Conseil Général.

Le Monde du 10 décembre 1982, sous la plume d’Alain Machefer
L’avenir de l’édition en région.
Outre la vente signature à laquelle plus d’une centaine d’écrivains enracinés dans leur terroir, les deuxièmes assises nationales au Mans, ont permis de faire le bilan de la décentralisation culturelle, en particulier en matière de littérature. Un bilan en forme de procès, mené, entre autres, par M. Jean Huguet, éditeur aux Sables d’Olonne : "Comment l’édition de province peut-elle équilibrer sa gestion quand les éditeurs parisiens font reposer la leur sur les best-sellers, ce produit pré-vendu et préfabriqué qui privilégie la multiplication des mercenaires mais ne favorise pas la création littéraire et qui transforme le roman en denrée périssable dont la carrière ne dure guère plus d’un trimestre ?" Que l’édition de province soit condamnée à la spécialité n’apparaît pas forcément comme un handicap tant il est vrai que "Paris ne pourra jamais couvrir tous les besoins régionaux, toutes les cultures à qui nous sommes seuls à pouvoir donner la possibilité de s’exprimer. Paris s’habituera à ce qu’il y ait des choses qu’on ne peut faire qu’en province… et que l’on fait très bien en province." Mais le problème de la diffusion demeurera, comme le souligne M. Robert Chouard, un Havrais, par ailleurs élu président de la Fédération nationale des écrivains régionaux (le secrétariat est tenu par M. Jacques Gohier, du Mans). La solution est peut-être celle suggérée par le docteur Lelièvre, maire adjoint du Mans : "Pourquoi les Conseils régionaux ne financerait-ils pas une maison d’édition ?"

La réception offerte le samedi 7 décembre 1985 par le Président Alain Poher, dans les salons du Palais du Luxembourg, a définitivement consacré la Fédération Nationale des Écrivains de France comme étant l’association culturelle la plus représentative de notre pays. Cette consécration a été confirmée par la lettre de M. Jack Lang, Ministre de la Culture, saluant la contribution que nous apportons à la création littéraire en France, car le renouveau des lettres provinciales est un fait indéniable.

1983 : Le florilège de la Reine Bérengère

Sous l’impulsion de Thérèse de Castellane d’Andigné, qui avait succédé à Paulette Houdyer à la présidence du comité, et sous le label des éditions de la Reine Bérengère, nous avons publié deux fois par an de 1983 à 1991 une anthologie. En trente-six pages, celle-ci rassemblait tout ce que la région du Maine comptait de poètes vraiment "vivants".

1985
Le Comité des Écrivains de l’Ouest devient
Le Comité du Maine des Écrivains des Pays de Loire


Ouest-France du 11 décembre 1985
Le Mans : A l’heure de la régionalisation, le grand Ouest ne correspond plus à la réalité. Il existait déjà une association des écrivains normands, depuis peu une association des écrivains bretons. Voici que ce sont les comités du Maine, d’Anjou, de Vendée et de la Loire Atlantique qui, aujourd’hui, se regroupent, rompant "en douceur" avec la Fédération des Écrivains de l’Ouest. Motif officiellement invoqué : mieux coller avec la restructuration amorcée au plus haut niveau et pouvoir bénéficier ainsi de subventions émanant du Conseil régional, mais aussi directement du Ministère de la Culture (Jack Lang, lors des assises nationales à Paris, dimanche dernier, a dit-on, déjà versé). Mais il semblerait que la dernière assemblée tenue en mars dernier, à Ancenis, ait accéléré quelque peu le processus enclenché. "Un président rennais, un secrétaire rennais, un trésorier rennais. Vraiment trop, c’était trop" s’exclame Jacques Gohier, qui vient de prendre la tête de la sécession. Sentiment apparemment partagé par une large partie de ses adhérents, puisque sur 150 écrivains des départements précités, quatre seulement se sont prononcés contre la création de la nouvelle fédération des Pays de Loire. "Ce sera plus facile de se réunir, mais il n’y a aucune divergence sur le fond", précise encore Jacques Gohier, qui affirme que cette volonté "s’inscrivant dans le cadre d’une prise de conscience régionale et toujours en réaction contre le centralisme parisien". Un bureau a été constitué, il se compose ainsi : président délégué : Jacques Gohier (Maine) vice-président : Joseph Rouillé (Vendée) secrétaire général : docteur Dugast-Rouillé (Loire-Atlantique) trésorier : René Dabin (Anjou).

Cette fédération des Comités des Écrivains des Pays de Loire a permis d’organiser de nombreuses ventes signatures, surtout dans les départements de la Sarthe, de la Vendée, du Maine et Loire et de mieux nous faire connaître au-delà de notre terroir au niveau régional. Il est vrai que des collectivités locales, associations, médiathèques ont pris le relais de ces manifestations littéraires appelées : Salons du livre. Ainsi va la vie…

Néanmoins, ces associations d’écrivains ont toujours une raison d’être, ne serait-ce que pour maintenir un lien entre les auteurs eux-mêmes partageant les mêmes préoccupations et dont les soucis ne sont pas personnels, mais souvent ceux de la collectivité, et ceux du pays.

Novembre 2003
Le Comité des Écrivains des Pays de Loire devient
Le Comité des Auteurs du Maine et du Loir


Depuis quelque temps, je voulais passer la main après tant d’années de responsabilités au sein des Écrivains de l’Ouest, de la Fédération des associations des Écrivains de France, des Pays de Loire, du Comité des Écrivains du Maine, et dans d’autres associations, la direction de la Vie Mancelle et Sarthoise, sans compter mon œuvre d’auteur et les interventions dans les collèges, mais personne ne voulait prendre la relève, les membres du bureau vieillissaient comme moi.

J’ai réussi néanmoins à convaincre notre jeune ami Henri Boillot, qui a accepté de se porter candidat lors de l’assemblée générale à Saint-Saturnin, le dimanche 30 novembre 2003, avec des projets qu’il a menés par la suite avec succès comme le Salon du livre au château de Poncé sur le Loir. Mais après deux ans de présidence très active, ses nouvelles activités professionnelles ne lui ont plus permis d’assurer au mieux sa fonction, il a préféré en toute honnêteté donner sa démission.

Jean Soulis a bien voulu prendre la relève, mais son éloignement de la Sarthe et sa grave maladie survenue au cours de son mandat, ont fait qu’il ne souhaitait pas pour ces raisons se représenter à la présidence.

Le Vice-président Paul Vallin était tout désigné pour succéder à Jean Soulis ; encore fallait-il exercer une pression sur lui, aussi forte qu’amicale, pour qu’il accepte d’être candidat. Au cours de l’assemblée générale statutaire du 13 février 2007 il fut élu Président à l’unanimité. Sachant ce que représente toute fonction bénévole, les auteurs du Maine peuvent lui dire merci d’avoir bien voulu reprendre le flambeau pour continuer de défendre les auteurs du terroir et promouvoir leurs œuvres.


Le Maine : "Vieux repaire de chouannerie
Dont les hameaux aux noms pesants
Sentent, comme leurs paysans,
Le labourage et l’écurie."

 
                                                                                          Lucie Delarue-Mardrus
 
 

Le Maine,

"Porte de l’Ouest"

                                                                                          par Paul Vallin
 
 
L’humeur de notre inspiration est, le plus souvent, imprégnée de l’histoire et de la nature du Maine ; c’est pourquoi il me paraît utile d’écrire pour ceux qui la méconnaîtraient, ce qu’est cette province aux mille terroirs dans lesquels ont éclos tant de talents littéraires.
 
Par construction, la France est multiculturelle et l’Histoire nous apprend qu’avant d’être "une" France, notre pays fut d’abord une mosaïque de provinces de législatures et de cultures spécifiques : pays d’oc et pays d’oïl, duchés de Bretagne, de Normandie, de Bourgogne, de Lorraine en lutte contre le royaume Franc, un Maine accouchant des Plantagenêts, une Aquitaine se ralliant aux Anglais, une Provence vivant au rythme de son bon roi René, etc. Et c’est bien ce patrimoine des diversités provinciales qu’il nous faut jalousement préserver si nous souhaitons transmettre à ceux de demain le sens, l’esprit et la mémoire de la culture française.


La prise de conscience d’un sentiment "national" à Bouvines (1214), la libération d’Orléans (1429) par Jehanne « boutant » les "Godons" hors du royaume, la surprenante défaite des Prussiens chassés de Valmy (1792) au cri de "Vive la Nation", etc. sont les sillons identitaires tracés sur le champ hexagonal par les laboureurs d’idéal qui ont ensemencé notre Histoire.
Au fil des siècles, ils ont patiemment forgé notre identité, bâti la conscience nationale, élaboré notre culture philosophique, conçu le destin de la nation. Leurs particularismes provinciaux, l’angélus de leurs clochers, les vers de leurs poètes comme les flèches de leurs cathédrales, sont l’héritage d’une histoire qui promène son odeur de terroirs dans le tricolore de son panache. C’est cet héritage qui nous rend solidaire de l’unité de mémoire, de culture et de civilisation déposée par ces Anciens dans nos berceaux. C’est à cela que l’art de nos plumes doit rendre hommage ; le Maine, par son passé, ses traditions et sa nature, nous en donne les moyens.
 
 
Le Maine, une histoire, une culture
 
Situé au cœur du Grand-Ouest, le Maine est une zone de passage que se sont disputés Angevins, Normands, Francs et Bretons. Le Mans, sa "capitale", connut des assauts répétés. Véritable vestige ethnologique et terrien de la "Gaule chevelue", occupant une position stratégique entre les rives de la Manche et de la Loire, "Marche-Frontière" entre la Bretagne et l’Île-de-France, le Maine a partagé son histoire avec les provinces qui l’entourent. L’importance politique et militaire de ce cœur de la Neustrie fut telle que les Carolingiens en firent une Marche de Bretagne, avec le comte Roland (celui de Roncevaux) comme préfet. Si ce sont les Aulerques, Cénomans et Diablintes qui tracèrent les frontières du Maine, les cités gallo-romaines, les diocèses et le comté les adoptèrent.

Les sources écrites relatives à la province des Mainiots dans les premiers siècles de notre ère, sont rares. Quelques lignes relevées dans les commentaires de la guerre des Gaules par César, évoquent les Cénomans de Vindunum 1 et les Diablintes de Noviodunum (Jublains). Rome fit de Vindunum la capitale administrative du pays des Aulerques. Ce n’est qu’au IVe siècle que le nom de la ville fut remplacé par celui de la peuplade gauloise qui l’habitait. Cénomanis commença alors à être christianisée, elle devint l’une des places fortes du royaume de Syagrius. En 510, elle tomba sous la domination des Francs de Clovis. Au Moyen-Âge, la féodalité s’installa, l’Église bâtit la cathédrale et des abbayes puis, avec les Plantagenêts, le Maine devint angevin et anglais. Ce fut l’une des causes de la guerre de Cent ans qui va plonger la province dans les épreuves et la misère.
 
L’histoire du Maine ne se réduit pas à une suite d’épisodes, de conquêtes, de conflits et traités. Robert d’Arbrissel, Ambroise Paré, Jean Cottereau, Claude Chappe, le Douanier Rousseau, les Bollée, Alain Gerbault seront ses créateurs de culture. La trame de leur vécu est composée d’un ensemble de valeurs, de croyances, de pratiques, avec lesquelles le jeu des forces politiques, économiques et sociales a tracé le devenir d’une société.
 
Si l’on compare l’histoire du Maine à celle des provinces qui l’entourent, il faut reconnaître qu’elle est à part, même son architecture en témoigne en portant la marque de la terre d’où elle a surgi. Ainsi la cathédrale Saint-Julien exprime-t-elle un esthétisme inclassable et unique qui montre que l’art de ses bâtisseurs a été mis au service d’un esprit, celui de la force spirituelle et mentale des gens du Maine. Leur patois, originaire d’un latin populaire influencé phonétiquement par les parlers aborigènes et les apports franc et scandinave, est un dialecte de la langue d’oïl qui reflète l’âme des paysans de ce terroir.
 
La culture médiévale du Maine n’a jamais été coupée du domaine de l’art et de la pensée et, si Le Mans n’avait pas encore d’université, ses abbayes de La Couture et Saint-Vincent étaient des foyers d’activités intellectuelles s’inspirant des cultures grecque et latine. L’imprimerie y arriva en 1546, et les évêques rassemblaient autour d’eux les du Bellay, Ronsard, Rabelais, Belon le naturaliste, Peletier le théoricien de la Pléiade 2, Scarron, et même Descartes qui fut élève des Jésuites au collège de La Flèche. Le développement du protestantisme et les violences des guerres de religion contrarièrent un moment la renaissance culturelle de la province, puis les réformes et le renouveau catholique permirent aux lettres du Maine de prendre leur essor conjointement avec celui des arts.
 
Aujourd’hui est venu notre tour de laisser une trace de plume dans l’histoire littéraire du Maine, en sachant que c’est sur les terreaux provinciaux que germent les futurs grands talents des lettres et des arts. Une littérature française ne peut survivre que s’il existe, en amont de la culture nationale, une connaissance et un amour des gens et des choses de la terre de France. C’est rendre hommage aux grands Anciens, qui ont trempé leurs plumes dans l’air du Maine pour donner à la langue française une renommée universelle, que de continuer à emblaver la littérature d’une identité conforme à la nature et à l’esprit de notre terroir. Soyons les héritiers de l’humanisme créateur de nos Anciens, cultivons comme eux l’amour de notre terroir en suivant l’exemple de perfection qu’ils ont donné par l’art de la Pléiade ; cela parce que c’est maintenant à nous de bâtir un pont de mots entre la culture héritée du passé et celle du futur afin de préserver la mémoire du Maine de l’usure du temps et des modes.
 
Pour conclure et vous rendre la plume, je citerai Catherine Paysan dont les ouvrages ont croqué l’espace du Maine en témoignant des scènes de la vie rurale d’antan. Elle définissait ainsi son état d’inspiration : "Tel un arbre qui puise dans le sol la sève dont il se nourrit, mais dont la cime, auréolée d’oiseaux venus d’ailleurs, baigne dans le cosmos. "
 
On ne peut mieux convier les écrivains à puiser dans la mémoire du Maine, cette vieille province où les rivières de Mayenne, Sarthe et Loir musardent en terroirs d’un calme bocage avant de donner un fleuve à la Loire, pour offrir l’Esprit de sa littérature terrienne au monde qui nous entoure et y diffuser les valeurs poétiques et profondes léguées par nos "Anciens".
 
1. Vindudinos est l’antique nom de la "colline blanche" sur laquelle s’est établi le premier site habité appelé Vindunum. La cité prendra le nom gallo-romain de Cénomanis, puis de Lemanes avec la latinisation pour enfin s’appeler Le Mans au XIIe siècle.
2. La Pléiade est le groupe de sept poètes : Ronsard, du Bellay, Belleau, Jodelle, Baïf, de Tyard et Peletier auxquels se joindront Denisot et Tahureau, qui, sous le règne d’Henri II, a renouvelé la poésie et enrichi la langue française pour en immortaliser l’esprit.


Paul Vallin, ancien officier d'active reconverti en historien et romancier, sollicita Jacques Gohier, président fondateur de l'association, pour réaliser un historique et une biographie des auteurs du Maine et du Loir. Conjointement, Paul Vallin engagea la création d'un annuaire en répertoriant les coordonnés ainsi que les oeuvres de chaque adhérent. Ce catalogue permit d'ouvrir le site internet de l'association en décembre 2007, à l’initiative et sous la direction de Jean-Pierre Delaperrelle. La refonte des statuts de l'association fut approuvée lors de l'Assemblée générale du 6 février 2008.


Un bulletin de liaison fut créé. Ses pages, ouvertes à tous, archivent les comptes rendus d'A.G. et de C.A., tout en permettant au président de communiquer avec les adhérents. "Le point d'appui de notre inspiration, ce sont les terroirs du Maine" écrivait-il dans l'éditorial du premier bulletin. C'est sur ces supports de vie, d'histoire et de mémoire que repose notre créativité. Nous sommes les enfants d'un terroir qui a façonné notre culture, c'est une fierté légitime que de le revendiquer pour ne pas perdre le sens de notre humanité". Le ton était donné et l'association participa aux festivités culturelles, ludiques et commerciales des cités de caractère de notre région. Après quatre années d'intense activité, Paul Vallin fut remplacé, le 22 février 2011, par Alain Grémillon, dessinateur bien connu, auteur de BD fleurant bon le régionalisme qu'il revendique. Malheureusement, ses nombreux engagements associatifs, politiques et municipaux ne lui permirent pas de consacrer le temps nécessaire à l'association. Il démissionna le 25 juin 2013. Dans la foulée, le C.A. a élu Alain Moro, auteur de nombreux articles et plusieurs livres d'histoire locale, pour lui succéder. L'histoire de l'A.M.L. continue... Le premier bulletin de liaison, paru sous l'ère Alain Moro, en septembre 2013.



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