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Blandine BORENCE
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Blandine BORENCE

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(biographie, bibliographie...)

Crémation

Ce corps en fin
Qui se fane
Qui jaunit,
Ce corps en vie
Qui se barre
Vers l'oubli.
Corps sans vie
Va brûler
Va craquer
Va fumer.
Ce corps de fin
De la vie
Qui s'enfuit
En poussière
De lumière
Est parti.
Vers l'infini.
À François


Au bout du chemin

Quand la mort est là
Au bout du chemin
De celui qui a
Fini sa vie
Nous qui restons
Nous souffrons.
Et nos larmes sincères
Qui jaillissent
Sans crier gare, de nos yeux,
N'y peuvent rien.
Ressurgissent alors du passé
Souvenirs riants,
Anecdotes et histoires
Souventes fois répétées,
Souventes fois ressassées
Mais qu'importe !
Cela nous réconforte
Et enveloppe de douceur
La cruauté de l'instant.
À François


Indécence et migration

Migrants
Migration…
De qui parle-t-on ?
D'animaux en perdition ?
De qui s’agit-il ?
De spécimen des îles ?
Des oiseaux, des moutons ?
Mais non, mais non !
On a vu défiler
Les émigrés
Dans les années soixante.
On a vu, on a vu
Les italiens
Dans les années quarante.
Du charbon, du charbon
Tout droit sorti des mines
Des mines de Sarreguemines
Par tous ces "pollacks"
Pollacks de Silésie.
On a vu des poilus
Emerger des talus
Du côté de Verdun
La gueule aux dents blanches
De tous ces noirs africains
Ces tirailleurs bienvenus
Sénégalais en chair
Pour plaire à nos canons.
Aujourd'hui, nous sommes envahis,
On est bien envahis
Par un monde indécent
Gâté, super-pourri par la vie !
Hélas, hélas !
Ils sont là à nos portes, frappant à nos fenêtres.
Pauvres gens,
Familles déchirées par la guerre,
Familles dispersées sans un sou,
Sans rien, bien souvent
Orpheline, ou veuves aux défunts
Ensevelis là-bas, parmi maints
Décombres
Provoqués par les bombes.
On entend comme bruits
Ces murmures de sauvages proférés
Par des bouches repues et rassasiées :
Que viennent-ils faire ici ?
Qu’ils retournent chez eux ! »
Le voudraient-ils enfin
Qu’ils ne le pourraient point !
Chez eux ? oui !
Là où il y a un trou,
Un grand trou !
Là où il n’y a plus rien !!!


Le pêcheur

Peau brune tannée par les jours ensoleillés
Casquette vissée sur un crâne fragile
Gestes précis, posés, patients.
Le fil à l’eau est jeté.
Au bout de la ligne gigote l’asticot.
Attente patiente.
Plouf ! le bouchon s’enfonce !
Cercles concentriques.
Ebullition de l’eau autour du poisson
Qui frétille,
Qui gigote au bout de l’hameçon.
Brillant, vêtu d‘argent,
Le pêcheur le décroche, le jette au fond
De la bourriche plongée dans l’eau.
Il rejoint quelques congénères
Pris à l’appât, comme lui.
Le soir venu,
Il retourne sans bruit dans l’étang.
Pas de friture !
Les arêtes font mal aux dents !


L’étang

Les eaux calmes miroitent au soleil
La libellule se pose sur la canne à pêche
Le chien revient la langue pendante
Fourmi, fourmi, que viens-tu faire ici ?
Le ciel aux nuages effilochés est clair
De ce bleu limpide du jour d’été.
Il suffit de peu
Du peu de ce jour
Qui nous donne tout !
Un regard pose sur l’onde miroitante
Aux reflets de carpe au dos doré.
Tanguent tanguent les feuilles
Qui voguent au vent.
Argent de la flèche alevinée qui file
Regarde, regarde !
Trop tard ! Elle a plongé.
Deux yeux dorés sur peau verte
Entre les roseaux déteints et si secs.


La truite

C’était tellement tentant,
Cette chose qui bougeait
Au bout d’un fil transparent.
Elle s’en approcha, tout de même sur ses gardes,
Cela la titillait !
Curieuse, elle s’y frotta.
Et sa bouche sans réserve s’y offrit !
Làs ! Que n’avait-elle été plus sage , moins gourmande !
L’hameçon acéré avait bien pénétré
Sa chair blanche savoureuse.
Dans sa bouche orangée
Une goutte perla.
Rouge.
Fit tâche d’encre.
Mais la belle frétillante,
D’un tour de rein avisé, sauta !
Le bouillon en surface
Se répandit en bulles, alertant le pêcheur.
Et soudain,
ivre de douleur qui irradiait sa chair,
la belle sursauta, et cassant tout le fil,
Arrachant même l’hameçon,
Dans un dernier effort,
Comme un salut final,
S’évada, entre le ciel et l’onde,
Echappant au bourreau, dépité, presqu’en pleurs.


Le mur du poète

Le poète entasse
Empile
Des mots
Les fait tenir debout
Les uns au-dessus
Des autres.
Un mur solide ou
Parfois branlant
Jamais hésitant.

Il sait
Poser ses mots
Tendrement
Avec sagesse
Pour qu’ils tiennent
Debout.
C’est comme une tour
Un mur A lire
Tout en finesse.
Il faut savoir
Les dompter
Pour qu’ils ne se sauvent
Pas.

Parfois ils
Sautent,
Parfois ils
S’échappent.
C’est alors que d’un coup
De ciment bien placé
Par le mot recherché
Le poète
Complète
Et termine
Son ouvrage
Sous l’ombrage
D’un arbre
Dont les feuilles
Vernies
des mots connus
de lui
lui rafraîchit l’esprit,
l’énivre
lui fait tourner la tête.
Oh oui ! Le poète construit
Construit à l’infini
Le mur de briques-mots
Les murailles qui relient
Les esprits…
Les esprits.


J’ai pleuré avec lui

J'ai pleuré en voyant ce gamin
de seize ans appeler ses parents
mais personne n'a répondu.
Alors il a craqué
alors il a pleuré
cachant de sa main ses yeux mouillés.
Qu'attendons-nous pour réagir ?
Nous avons le pouvoir
nous avons le devoir de le faire !
la détresse et le deuil sont le lot
quotidien des peuples qui souffrent
à cause de leur terre
parce qu'on a décidé
parce qu'ils ont décidé
eux les "grands" de ce monde
qu'un oléoduc devait y passer
déclenchant une guerre
et j'ai vu ce gamin fuyant avec son frère
errer sur une place
comme tant d'autres avec lui.
Une main fut tendue
généreuse, courageuse.
J'étais là impuissante
voyeuse de cet enfant de seize ans
qui m'a déchiré le cœur
de ses pleurs !
"Maman, maman ? C'est moi, je vais bien"
si l'on peut dire ainsi.
Mais maman n'était pas présente au bout du fil.
Posant le récepteur, l'enfant dans sa douleur
s'est retrouvé en pleur.
Et vous que faites-vous ?
Halte, où allez-vous ?
Vous marchez, trop vite, c'est interdit !
Et vous où allez-vous ?
N'ouvrez pas cette porte,
n'interrompez pas le spectacle
de ces vies déchirées.
Et vous que faites-vous ?
Vous parlez, vous osez, écrivez, vous osez Ne savez-vous donc pas
que c'est interdit !
Depuis quand ?
Depuis aujourd'hui...


J’aimerais

J'aimerais parfois être comme ces insectes qui se cachent dans les fleurs
j'aimerais parfois ne plus sentir sur moi
tout le poids des questions qui m'accablent
ne plus voir le désert des cœurs secs
de ceux qui ont tout
savoir où aller sans me poser de question
je remplis pourtant ma vie
de moments généreux
de joie partagée
des moments où mon cœur déborde de tendresse
mais aussi de moments durs quand
mes enfants vont mal et que je ne peux rien faire
quand je n'ai personne
pour partager ma peine et que mes espoirs
s'écroulent
devant la frénésie de certains qui veulent
la reconnaissance
je me sens parfois inutile
tant est que l'on soit utile
il y a certains lieux qui me font peur et
m'angoissent
quand j'y vois des vieillards
qui appellent et pleurent
leurs parents perdus à jamais
mais qui l'ont oublié
et alors je regarde
celle qui m'a donné la vie
et enfin je souris
car elle m'a donné sa force
celle de rire devant les difficultés
d'avancer
d'aller toujours plus loin
d'emprunter des chemins
même s'ils sont lointains
d'être au creux des vagues mais
de profiter du vent qui gonfle
le courant et me remonte ainsi
pour courir sur les crêtes
portée par les ailes
du vent
m'envoler munie de mon crayon
et remplir enfin des pages
qui vident mon esprit
et me retrouve tranquille
parmi des personnages
certes de papier mais
qui sont les miens.


Une goutte de pluie

Une goutte de pluie
S’est abattue sur toi.
Et elle était si lourde
Qu’elle en éclata.

Une goutte ce n’est rien
Soudain le ciel est clair
J’ai vu le pauvre chien
Qui s’ébattait dans l’air.

Des enfants ont joué
Sourires enfantins
Ils jouaient à s’aimer
Ils sont morts au matin.

Pourquoi tant d’amertume ?
Pourquoi ce ton amer ?
Ce n’est pas une coutume
Et ce n’est pas d’hier…


Les mots

Où sont les mots acides
comme des rondelles de citrons, les mots pointus tels des fils de fer barbelés
qui égratignent et font saigner
les certitudes ?
Où sont les mots doux
comme des nuages,
des plumes sous le vent,
que sont devenus les mots à deux,
répercutés par les deux cœurs,
engourdis par la passion ?
On entend seulement les mots durs
qui tuent l'espoir, les mots poisons qui rongent, les mots musique qui hurlent aux oreilles inattentives
démotivées.
On entend seulement
les mots enrobés de chocolat
doux-amers,
qui font passer avec impudeur
les couleuvres, les vipères et autres serpents
Qui circulent parmi nous.
Il n'y a guère de mots d'espoir
bleus horizon,
rose dragée édulcorée,
de mots tendresse,
de mots doudous !


Poème libre

Je tiens dans ma main cet objet
qui tant de fois fut caressé
par une paume encore tendre
d'un jeune home de 12 ans.

Combien de fois a-t'il tenu entre ses doigts
les doux contours arrondis et dorés ?

Et combien de fois a-t'il serré
entre son pouce et son index
la petite molette crantée ?

Avait-il porté à son oreille ce bel objet
afin d'entendre et d'écouter battre son cœur,
avant de le faire glisser dans sa poche ?

Tous les soirs je le prends moi aussi
et je crois entendre battre le coeur de mon père
qui écoutait, ravi,le doux tic-tac de sa montre,
toute ronde.

A-t'il lui aussi caressé de son pouce
le pourtour du verre,
suivant des yeux la trotteuse courant joyeusement
après chaque seconde ?

Il devait regarder, heureux, ce bijou si simple
mais si beau et être fier
de l'avoir reçu.

Cela fit de lui un homme,
un homme de douze ans.



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